Partir, acte hautement symbolique, pour trouver sa place dans l’univers, place que chacun cherche dès sa naissance. Partir, ne serait-ce pas un acte conscient ou non, déclenché pour rendre la vie supportable. Survivre…

Partir pour ne pas regretter un jour de ne pas avoir fait ce que je devais faire, pour ne pas avoir honte d’avoir cédé devant les obstacles, oublié mon essentiel, renié l’humanité qui est en moi face aux attraits de l’avoir qui m’oppose aux autres. Partir pour vivre, montrer sa différence, trouver sa place.

Je pense donc je suis, a dit Descartes, ai-je le droit de dire, je marche donc je suis ?

Partir sur les chemins vers Compostelle, ou un autre lieu saint, quelles que soient ses motivations ou ses attentes, quels que soient les moyens utilisés, n’est pas, et ne peut être, une démarche anodine. Partir, c’est quitter pour aller vers…

Partir, c’est pouvoir revivre son histoire depuis l’enfance comme, paraît -il, nous revivons notre vie en accéléré au moment de notre mort. Quand je pars, quelque chose meurt en moi. On part, souvent, pour se ressourcer, se centrer sur soi et se décentrer en même temps…

Partir, c’est revivre ses blessures, celles que l’on porte toute sa vie, pour tenter de les soigner avec douceur, intelligence et pragmatisme. La blessure d’abandon peut-elle être guérie en abandonnant son quotidien ?

Partir, c’est apprendre à lire le monde, comme une lecture sans livre.
La lecture est un moyen d’apprendre à penser. Le cheminement permet d’apprendre à lire le monde, il permet d’assembler le puzzle de notre vie. Partir, c’est vouloir regarder avec d’autres yeux, lire autrement le spectacle de la vie.

Partir, est une quête des idées, des visions de l’autre, c’est assumer sa différence et intégrer l’autre dans ses propres différences tout en reconnaissant l’existence d’un socle commun à nos humanités. C’est partir à la découverte de l’autre pour mieux se découvrir soi-même. Comprendre l’autre pour mieux se comprendre.

On a coutume de dire que c’est face aux difficultés que l’on reconnaît l’homme (la femme). Partir, c’est sortir de sa zone de confort pour extraire ce qui est en nous, c’est affronter des difficultés mesurées et choisies, c’est exprimer une volonté, celle d’aller vers son authenticité, d’en exploiter les potentialités qui, enfin, viennent au jour. Partir, c’est renaître.

Partir, c’est vivre chaque matin comme si c’était à chaque fois le premier. C’est accumuler dans un temps restreint tous les matins du monde, tous ceux qui n’ont pas de sens et les quelques uns qui en ont un. Ainsi ce matin, particulier parce que certains éléments de pensées s’assemblent, s’emboîtent les uns aux autres pour former une pensée cohérente qui vient du fond de soi, qui jaillit comme un torrent jaillit de sous le glacier qui se réchauffe. La principale difficulté est de rester connecté au moment présent tout en étant déconnecté des contingences courantes.

Partir, c’est tenter de récupérer des morceaux de nous, éparpillés et pourtant liés.
C’est observer le monde comme un livre qui fait surgir en notre conscience ce qui est, ce que nous sentons mais que nous renions, la boucle se referme sur elle-même. Quel bonheur, ces résurgences du matin, plus il y en aura, mieux je me porterai, plus je m’approcherai de la fin du chemin dans la sérénité. Ces moments m’emporte tout vers un autre monde, celui-ci n’existe plus, plus de doute, la vérité semble s’offrir à moi.

Ma quête, est bien celle de ces instants brefs mais puissants qui embrasent le jour levant, qui éclairent mon cheminée me permettent de poursuivre ma route vers d’autres quêtes. Les étoiles qui guident mon chemin sont en moi, c’est à moi de partir pour les trouver.

A méditer (auteur inconnu) :
Il restera de toi ce que tu as donné.
Au lieu de le garder dans des coffres rouillés.
Il restera de toi, de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s’est pas fanée,
Qu’un jour, peut-être, en d’autres fleurira…