J’ai 73 ans !

Cela faisait un certain temps que je l’attendais sans le vouloir. Maintenant, je compte mes années et découvre que j’ai moins de temps à vivre que ce que je n’ai déjà vécu. On va me dire que je ne les fais pas, c’est vrai… mais les années sont là avec leur lot de joies et plaisirs mais aussi de peines et déceptions. Le temps s’est écoulé comme une rivière, je ne l’ai pas vu passer !

Les illusions ne sont pas encore dépassées mais elles s’effacent progressivement. Le temps s’est écoulé comme une rivière, je ne l’ai pas vu passer. Je n’en suis pas heureux mais, néanmoins, c’est une chance d’y arriver en bonne santé physique et mentale !

Je vois la vie poursuivre son œuvre : disparition de proches, amis et amies, santé défaillante, maladies chroniques, longues ou fulgurantes. Sentiment que le monde change autour de moi et que je n’ai plus envie et plus la force de suivre. Il me faut accepter de vieillir. La vie est précieuse et lorsque vous avez perdu du monde, vous réalisez que chaque jour est un cadeau.

Je suis pressé de vivre avec l’intensité que seule la maturité peut donner. Mon but est d’arriver au bout satisfait, digne, en paix avec mes proches et ma conscience. Mon temps est trop court : Je veux l’essentiel, mon âme est pressée. Personne n’échappe, riche, pauvre, intelligent, démuni, au dernier costard…

Acteur et spectateur depuis toujours, je deviens essentiellement spectateur du monde qui bouge autour de moi. De la possibilité d’agir il ne reste presque rien. Oui, je suis un pèlerin, j’ai tracé mon chemin, tel le petit Poucet, en semant, plus ou moins volontairement, sur son trajet des graines dans l’espoir de les voir germer, fleurir, se reproduire…

Je souhaite voir se lever les graines semées tout au long de mon existence. Âge auquel j’ai, je pense, encore toute ma tête, mes capacités physiques sont déclinantes mais le mental reste bon et fort. Toute ma vie j’ai voulu comprendre, comprendre le pourquoi, moi et l’autre. 

Nous apprenons toute notre vie, plus ou moins vite, plus ou moins consciemment, en prenant une direction qui est propre, plus ou moins égoïste ou humaniste. Il nous faut sans cesse retrouver le chemin d’hier, les traces que nous avons laissées, pour imaginer un nouveau chemin, un chemin pour nos enfants.

Notre chemin est parsemé de petits cailloux. Nous les suivons toute notre vie, ils ne sont pas disposés par quelqu’un comme un jeu de piste, c’est nous qui les sélectionnons au fil des évolutions de notre conscience. Nous créons notre chemin grâce à eux. Oui, je suis un pèlerin, j’ai tracé mon chemin, tel le petit Poucet, en semant, plus ou moins volontairement, sur son trajet des graines dans l’espoir de les voir germer, fleurir, se reproduire… Maintenant, à l’aube de cette vie, à ce moment charnière où la société nous fait comprendre que nous devenons inutile pour elle, des charges, je reviens sur moi-même.

Je souhaite voir se lever les graines semées tout au long de mon existence. Âge auquel j’ai, je pense, encore toute ma tête ; mes capacités physiques sont déclinantes mais le mental reste bon et fort. Je souhaite laisser une trace. Une trace pour transmettre, donner un sens, être utile…

J’ai 73 ans, à ce moment charnière où la société nous fait comprendre que nous abordons une nouvelle vie d’inutilité sociale, une vie marquée par une solitude qui s’installe doucement ou brutalement. Alors que je deviens une charge charge pour la société, j’ai envie de parler de ma vie, de mes expériences et des leçons de vie que j’en tire. J’ai souhaité laisser une trace en étant libre de mes choix, en assumant leurs conséquences, j’ai toujours pensé qu’il fallait transmettre, donner un sens, être utile.

 

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